Communiqué de presse
L’enfant a marché depuis le pont de Sèvres et doit encore gravir l’escalier abrupt et sombre de la CroixBosset. Seul dans la vie il se demande ce que lui réserve demain. Il pousse une porte toujours ouverte et une main chaleureuse a saisi la sienne... il est à la Maison d'Enfants de Sèvres.
Goéland fût une institutrice de l’enseignement public favorable à la participation active des enfants à leur propre formation. Elle estimait que l’apprentissage, avant d’être une accumulation de connaissance, devait être un facteur de progrès global de la personne. Il fallait partir de ses intérêts et par l’activité de l’enfant et son expression, s’efforcer de susciter l’esprit d’exploration et de coopération.
La Maison, un ancien bâtiment qui fût conçu pour abriter des religieuses, vers 1900, accueille donc en internat, plus d’une centaine de filles et de garçons de 3 à 16 ans.
Les techniques qui sont propres à toutes les écoles nouvelles imprimerie, pipeau, chant choral, tissage, danse, tournage, décoration, dessin, modelage, linogravure, marionnettes, etc., considérées comme « moyens d’expression » propres a maintenir chez l’enfant le sens de la création et le désir de l’expression libre, étaient utilisées.
Dans l’imprimerie de la Maison, on compose le journal : Voile au Vent. Dans l’atelier de tissage, les élèves apprennent à tisser, se documentent, interprètent, souvent imaginent et tissent leurs propres compositions, écharpes, nappes, métrage de tissu. À la céramique, avec un artisan potier, on tourne, émaille, décore et cuit des poteries, mariant les exigences de l’art moderne aux traditions de la grande Manufacture voisine.
L’internat et la vie en communauté permettent de développer le sens de la liberté et le sens des responsabilités individuelles et collectives. La coopérative des enfants, constitue un élément important de cette éducation morale et sociale.
Mais la vie collective ne se limite pas à l’activité scolaire ; toute la Maison est le bien commun, du lever au coucher, une multitude de services règlent son fonctionnement. Les enfants veillent aussi à l’entretien des animaux (perruches, pigeons, tourterelles, cochons d’Inde, tortues, lapins, colombes d’Australie, grillons, têtards, etc..) ; leur observation et l’élevage développe le respect de la vie et l’amour de la nature. Filles et garçons collaborent à la toilette des « petits », préparent les tartines du petit déjeuner, procèdent au lavage de la vaisselle, au nettoyage des salles à manger, quand ils ne complètent pas les repas par les produits de leur propre jardin.
Ce qui précède justifie à lui seul l’hommage public qui sera rendu à Yvonne Hagnauer (1898-1985) qui se situe au niveau des grands pédagogues du XXe siècle. Mais l’Occupation a révélé les qualités hors du commun de Goéland et de son époux, Pingouin, qui abritèrent une soixantaine d’enfants juifs (ainsi que des adultes dont le mime Marceau) et leur permirent de vivre.
Un hommage public sera rendu le samedi à 11h rue Croix-bosset, à Sèvres. Une plaque et un médaillon commémorant la Maison, Goéland et Pingouin, seront dévoilés par M.Kosciusko-Morizet, Maire et par les Ancien(ne)s. Puis il sera procédé au vernissage d’une exposition de photos et de travaux des enfants de la Maison dans les locaux du S.E.L. (Sèvres, Espaces, Loisirs) de la ville.